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5. La découverte

  • Je m'appelle Émy
  • 20 sept. 2024
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 21 oct. 2024


Donc, je venais de prendre un congé sans solde de l'hôpital. J’ai changé de carrière à l’aveugle. Une ancienne collègue hospitalière m’avait dit qu’il y avait une place dans son équipe et que c’était nettement mieux côté conditions. J’étais trop fatiguée pour re-re-re-refaire un processus de réorientation de carrière. Le dernier n’avait strictement rien donné. Près de 90 heures de travail et 872$ en moins avec une conseillère en orientation, je n’avais pas plus d’idées. Je tournais en rond. Ce que j'aimais, c'était la santé, mais j'avais besoin de recul. Tant pis. Je découvrirai peut-être quelque chose d’intéressant! De toute façon, j’avais besoin d’une pause de l’hôpital, du voyagement, des coûts et de la gestion toute droite sortie des années 70.

 

Pour la petite histoire, j'ai commencé à travailler très tôt, quelques jours après mon anniversaire de 11 ans. Bonne fête jeune moi! Dans des festivals où je houspillais des gens 20-30-40 ans plus âgés pour faire des tâches, motivais les troupes dans un garage, en comptabilité aux heures qui m’arrangeaient, en aménagement paysager, parce que pourquoi pas (?), de nuit en restauration… Je dépensais aléatoirement selon ce qu'il y avait dans mon compte, et ce dont je considérais avoir besoin. Soit, des vêtements de marque populaire, une paire de patins à roulettes et un manteau d'hiver à 527.19$. Si on calcule en dollars constants d'aujourd'hui, le même manteau acheté en 2004 vaut en dollars d'aujourd'hui 813.88$. Outch! Je ne connaissais pas la valeur de l'argent!

 

D’ailleurs, je vous raconte : la restauration de nuit. La paye était correcte, mais la clientèle était, comment dire? Colorée. Mais aussi très soûle et avait un look de jeune riche branché de bonne famille. Vous voyez le style? Malgré leurs looks "regardez moi, je suis riche et je vais loin dans la vie", j'y ai vu bon nombre de personnes venir commander et repartir bredouilles, faute de fonds sur leurs cartes de crédit. Ou encore… À l’époque, les pourboires étaient ajoutés à la main et le client devait signer la facture et en indiquer le montant. Et bien… Chez bon nombre de “festoyeurs” nocturnes, le montant du plat commandé était chargé, mais le pourboire ne passait pas. Résultat, je payais à leurs places le manque à gagner entre le salaire minimum avec et sans pourboire… J’avais envie de grogner quand, par la suite, ils régurgitaient leurs achats liquides de la soirée sur mon comptoir… 

 

Cher “festoyeur”, tu aurais pu prendre un breuvage de moins, me payer, et conserver ton étanchéité et ta fierté! 

 

M’enfin. Il n’y a pas à dire, la balance décisionnelle est cruciale en finance personnelle. Sinon, il est possible que ça aie un impact sur ta cote de popularité globale...

 

Bref, j’ai travaillé habituellement dans des cadres structurés, furieusement efficaces, optimisés, mais aussi assez atypiques et souples au niveau des horaires et de l’uniforme. L’important c’était d’être efficace. Pour le reste, tout le monde pareil. Équité et égalité. Tout le monde fait la même chose à la même échelle salariale. Avec des possibilités d’avancements nuls. Point. 

 

Jeune, quand on me demandait quelle carrière j’aurai, je disais tantôt astronaute, tantôt biochimiste, chercheuse en santé ou… Riche. En effet, je croyais qu’être riche était une carrière. Je me disais naïvement qu’avoir autant d’objets et de maisons devait être un travail d’entretien et d’organisation à temps plein. En plus, dans mon imaginaire, les gens riches avaient des passe-temps chronophages qui demandaient des entraînements répétés comme, monter à cheval, le polo, le tennis, et serrer des mains en souriant… Donc, je voulais avoir une belle carrière de riche. Ça rimait aussi avec être en forme et entraînée. Le rêve! 

 

Bref, pour mon changement de "carrière", j’ai été engagée dans une grosse boîte. J’utilise le mot "boîte" parce que c’est définitivement le look que le bâtiment de mon employeur a. Vous voyez une grosse boîte en carton brune dans votre tête? Mettez des fenêtres et ça y est. C’est la “boîte”. 

 

J’ai été engagée en pleine pandémie. Lasse du voyagement, je me disais que de travailler dans mon salon aillait être hautement libérateur! 

 

Gagné! Mes dépenses ont fondu à la même vitesse que mon enthousiasme à porter une brassière et me laver les cheveux! Ça fait économiser sur le shampooing, non? Blague à part, j’avais enfin du temps pour cuisiner, dormir, jouer avec mon chien, faire pipi(?!) (dans un labo d’hôpital, parfois, tout est tellement urgent (STAT - Stop Turning Around Time*) que je n’avais pas le temps(!)) et en plus, j’avais du temps libre. Fascinant. Fantastique! Merveilleux !!!


Pour me familiariser avec mon nouveau milieu de travail, j'ai commencé à écouter L'indice Mc$ween / L'enquête Mc$ween gratuitement sur le net. Une chose en entrainant une autre, consulter les circulaires via l'application Reebee et l'incroyable travail de recherche d'aubaine à l'épicerie et de menu sur mesure pour économiser de Cinq Fourchettes. Wow!


Mais la fête et le temps libre avaient une fin. Il fallait aller au bureau en présentiel un jour. 

 

Mais le bureau… J’ai fait une drôle de découverte.

 

J'avais l'impression que mes expériences au bureau étaient similaires à l'expérience que j'aurais en plongeant ma main dans un pot de dragées surprises Bertie Crochue. Vous savez, dans Harry Potter? Les bonbons au caramel, aux fraises, au jus de poubelles, qui modifient la voix, ou font fumer des oreilles?

 

C'est un milieu assez compétitif où les gestionnaires sont parfois sélectionnés non pas pour leurs compétences humaines ou par ancienneté, mais parce que, simplement, ils savent se mettre en valeur, jouer la "game politique", et se vendre. Le langage y est long, plein de ronds de jambe, imprécis, personne n’avoue ne pas savoir quelque chose, et les mots “ha scuse” sont disparus… Tout un choc. Les nouveaux travaillent volontairement(?!) sans déclarer leurs temps pour bien paraître.


Parenthèse "organisation du travail" : La compagnie économise tellement d’argent en formation grâce à ce bénévolat! Mais aussi en réduisant les statistiques d'heures travaillées, ça diminue les chances de devoir créer un poste supplémentaire... Ça entraîne une économie sur toute la ligne, et augmente la charges pour les employés.


En plus dans ce milieu, les gens qui ne voient jamais de clients s’habillent comme dans un gala. Les hommes portent des complets uniquement pour plaire à leurs supérieurs ou se faire voir par leurs collègues. Les gens, hommes et femmes, mettaient du parfum. Comme s’ils étaient sur une date (?). D’ailleurs, la ressource des RH nous avait prévenus de ne pas dater nos collègues… Donc, le parfum, c’est pour qui? Mystère….

Le problème, c’est que j’y suis rudement allergique. Les tapis et les paravents de “l’open-space” aussi. Oups. J’ai ajouté la dépense “Réactine” pour aller dans une boîte. Hey merde. Je voulais que travailler me coûte le moins possible. 

 

Autre curiosité : la discussion sur le « trafic automobile » y était permanente et le small talk, commun. 

 

Moi qui avais prononcé les mots “Comment ça se passe aujourd'hui? Et la douleur?”, si souvent en cherchant la réponse honnête pour aider, je me retrouvais avec des humains qui se disaient des demi-vérités et jouaient aux chats et à la souris conversationnels continuellement. C’était déstabilisant. Mais où est la sincérité?

 

C’est à ce moment que j’ai entrepris des recherches pour trouver un sens à tout ça. J’ai découvert le concept de prison dorée. Des gens bien en vue qui apprécient le statut que leur emploi leur procurait au point où ils ne pouvaient plus le quitter, même si ça les rendait malheureux. Le sens du “quiet quitting” (démission silencieuse), certains collègues qui faisaient le strict minimum et préféraient flâner sur Facebook plutôt que de travailler… La perte de sens dans le travail. Des drôles de phénomènes comme la réunion à rallonge pendant laquelle j’étais payée comme figurante. La souffrance au travail de ne rien faire. Oui, oui. Ils appellent ça des gens “tablettés”. Ils rentrent travailler, mais ne font, somme toute, pas grand-chose. J’ai découvert l’absentéisme. Des gens qui s’absentent tout le temps pour diverses raisons, mais la principale, c’est qu’ils aiment autant leurs emplois que d'y être coincés ou contraints. Puis, il y a aussi les gens qui sont là et sont trop fatigués, malades, stressés ou désengagés, mais y sont économiquement obligés parce qu'ils devaient payer leurs trop grosses hypothèques. Et l'expression "plafond de verre", quand tu n'as pas exactement les études recherchées ou n'es pas exactement le profil incarnant l'entreprise dans la tête de ses dirigeants. C’était beaucoup d’un coup. Je croyais que contrairement à l’hôpital, la hiérarchie devait y être plus souple, libérée de ses contraintes de vie et de mort. Oupelaï. 

 

Je commençais à me sentir un peu découragée et bien seule sur mon île des perceptions. Mais(!) un soir de novembre, j’ai découvert, sur un blogue super intéressant, les mots « rat-race ». Selon Wikipédia : « est essentiellement la métaphore d’une concurrence, d’une compétition acharnée et impitoyable pour obtenir une réussite que d’autres essayent de nous ravir. »

 

Ha! C’était ça le parfum! 

 

Bref. J’ai découvert l’appellation “rat-race” sur un blogue parlant de FIRE - en français : Financièrement Indépendant et Retraite Précoce . 

 

Un gars, qui disait avoir quitté le 9 à 5 et sa boîte de rat constituée de paravents en tissu. Il avait accumulé une coquette somme en économisant plus de 50-75% de son revenu, et prétendait pouvoir vivre de ses revenus sans toucher à son capital pour le reste de ses jours. J’avais trouvé une dragée en or!! J’ai toujours su que “être riche” était une carrière haha! Je venais de me trouver un plan pour atteindre mon emploi de rêve! Wow! 

Merci mille fois, Vincent Morin, blogueur de Retraite 101, et Jean-Sébastien Pilotte, blogueur de Jeuneretraite.ca.

 

Oh! Et en plus, j’étais ravie de savoir que je n’étais pas la seule à me sentir comme une totale étrangère dans cet univers corporatif. Pour un peu, on peut dire que j’ai réussi à devenir une astronaute à force de me sentir extraterrestre. ;)  




Un peu plus sur les sujets de cet article :


Stupidité, erreur et apprentissage : vers des organisations apprenantes en santé et services sociaux


Pour une réflexion en profondeur sur le système de la santé.

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