top of page

3. Changer ses priorités pour changer de vie

  • Je m'appelle Émy
  • 6 sept. 2024
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 oct. 2024


Trois ans après ma graduation, j’étais un peu comme tout le monde qui découvre la vie de jeune travailleur.


Je voyageais 2-3h par jour dans le trafic pour aller et revenir de travailler. Dans mes fins de semaine, je me préparais des lunchs pour la semaine. Je payais un promeneur de chien, question de travailler un peu plus longtemps le soir, la nuit, le jour. J’avais quelques jours de congé, c’est vrai. Je les dormais et sinon, j’y condensais mes tâches le plus possible pour maximiser la « semaine » à venir. Je mets des guillemets sur le mot semaine, c’est normal, j’avais un emploi 24h 7jours sur 7 et la possibilité de faire autant d'heures supplémentaires que je voulais. Ma vie était 100% orientée travail. J’en étais fière. Mon maigre entourage (je n’avais pas beaucoup de temps pour eux, encore moins pour l’entretenir) m’encourageait.

 

Je croyais faire le meilleur choix, celui valorisé par ma société. Travailler, produire, consommer, bien paraître, et m'acheter une habitation à la limite de ma solvabilité.

 

Le temps supplémentaire obligatoire s’est pointé le nez. Puis, la rotation soir/jour/nuit était de plus en plus fréquente. Tant mieux! C’est payant, je me disais. Je pourrais peut-être m'acheter un grand condo avec de superbes fenêtres!

 

Puis, il y a eu du harcèlement en milieu de travail de la part d’un membre de la direction, puis d'une collègue. Puis il y a eu un syndicat qui n’était pas assez présent, mon poste qui a été aboli pour répartir les heures dans d’autres départements, puis la pression de redevenir polyvalente dans plusieurs départements, plutôt que spécialiste dans celui que j'avais choisi. L’impression de ne jamais être bonne nulle part et d’être continuellement garrochée dans des environnements inconnus sans la formation nécessaire (pas le temps), une pandémie, un employeur qui ne faisait plus attention à notre santé en rationnant les N95, la rénovation du labo sans nous consulter, des comptoirs construits pour les standards, une personne de 5 pi 8 alors que la plus grande d’entre nous mesurait 5 pi 5. Mon matériel de travail n’était pas ergonomique et me blessait. Il n’y avait pas de volonté ni de budget pour le rendre adéquat. Puis, un décret ministériel a suspendu nos vacances. Le manque de ressources humaines et matériel était constant. La charge de travail a explosé. Les nouveaux employés démissionnaient après seulement 5-8 mois de travail. Puis la réforme OPTILab s’est entamée dans le plus grand des chaos.


Puis, après tous ces efforts d'adaptation, il y a eu la fatigue. Elle me suivait partout. Tout le temps. Et cette colère. Partout, tout le temps. Ce sentiment de solitude, partout, tout le temps.

Mon travail me prenait presque tout mon temps éveillé. Ma fréquentation de l’époque, las de ne jamais me voir, avait décidé de mettre les voiles. J’étais seule. Vulnérable. Exténuée. Mon gagne pain fleurtait avec la douleur. C’était ma seule identité. J’étais mon travail.


Comment faire autrement? Je devais être performante, on m’avait toujours destinée à de grandes choses, dit que j'irais loin. On m’avait toujours enseigné à me dépasser, à faire plus, tolérer un peu plus pour travailler. Travailler était un privilège, non? On devait être passionné par son travail, non? Tout donner?


Travailler permettait d’avoir de belles choses : une belle maison, entretenir un statut social, avoir de l’argent pour me payer des sorties, de la valorisation, des encouragements, de l'admiration, être quelqu’un, m'investir encore plus, prendre soin des autres, servir la population, faire une différence, soulager et accompagner...


Avec cette accumulation : J’ai fait un burn-out.

 

J’ai eu un mois de congé maladie. C’est tout ce que je pouvais me payer. Rien de plus. Je suis retournée travailler beaucoup trop tôt... J’étais en colère et extrêmement fatiguée, tout le temps. Je suis retournée travailler parce que les assurances faisaient pression sur moi. Parce qu’il n’y avait plus beaucoup d’argent dans mon fonds de secours. Parce qu’il y avait des gens plus malades que moi qui avaient besoin de moi. Parce que je n’étais pas remplacée quand j’étais en congé maladie.  Parce que mon absence augmentait la pression sur mes collègues et elles me le faisaient savoir. Parce qu'elles me trouvaient lâche d’être en "congé".


Je suis retournée. Retournée regarder mes collègues se crier après. Trop exténuée pour se parler calmement. Trop stressée pour finir leurs phrases avec empathie. Trop oppressées par la charge de travail pour prendre le temps de s’écouter.

 

J’ai travaillé avec deux de mes collègues, elles aussi en burn-out. Je ne comptais plus les crises de panique, les torrents de larmes, les engueulades, les commentaires mesquins, les non-dits, les gros soupirs, les yeux qui roulent.


Je me sentais seule. Isolée. Exténuée. J’avais continuellement mal. Physiquement, mentalement et moralement.

 

Je dépensais aussi beaucoup d’argent pour soutenir mon rythme de travail. Je me disais que "je n'ai pas le choix".

 

Physio, chiro, transport, lunchs du comptoir prêt à manger, promeneurs de chien, personne de ménage, livraison d’épicerie, médicaments, équipements de travail payés de ma poche, les sorties dispendieuses pour « décompresser », travailleur social et psy pour tolérer la pression, équipement de randonnée pour me rendre au travail à pied dans des conditions météo difficiles, lunettes de ski contre la neige, lumière pour être visible quand je rentre à pied après mon quart de soir, vêtements pour avoir l’air pro, vêtements chauds pour mettre sous le sarrau et n’accroche pas ni ne dépasse sous la manche, j’étudiais dans mes jours de congés pour faire des heures de formation dispendieuse pour avoir le droit de travailler, etc.

 

Le coût pour me maintenir au travail ne semblait plus avoir de limites. J’étais prisonnière de mon mode de vie. Je dépensais plus parce que je devais travailler plus. Comment quitter ma paye dans pareilles conditions?! J’avais tellement de dépenses!!

 

Mon fond d’urgence avait fondu à force d’accumuler les frais médicaux dus à mon environnement de travail non ergonomique. Pourtant, je devais sortir de là. Après plus d’une décennie de guerre intestine et de lavage de linge sale dans les médias, j’ai choisi de quitter le navire de la santé avec d’immenses regrets, un énorme déchirement, bien de la peine, de la culpabilité, un diplôme inutilisable en dehors du système de la santé, et plus aucune cenne dans mon compte.

 

Tant pis. Je me suis bouché le nez et j’ai restructuré mon budget. Tout ce qui n’était pas essentiel est passé à la trappe. TOUT. Même l'abonnement à Netflix!


Mon budget pour l'année 2020 avec l'approximatif en mois :


Habitation

9129,44

760,79

Alimentation

6414

534,50

Animaux

2080,1

173,34

Magasins de détail

1080,32

90,02

Télécommunication

929,66

77,47

Santé

1242,85

103,57

Transport

613,56

51,13

Assurances, cadeaux, etc.

613,54

51,13

Total

23103,47

1841,95

 

C'était long à accepter, un deuil, mais pour mon bien, il le fallait. J’avais l’impression qu’en ayant suivi ma passion, j'avais raté mon choix de carrière autant que mon budget. La santé et ma qualité de travailleur n'étaient pas reconnues. Tant pis! Adieu le grand condo de mes rêves! Bye bye passion du travail. Je devais faire des choix avec le jeu de cartes que j'avais entre les mains.

 

J'ai trouvé cette jolie phrase et je m'y suis accrochée : si tu es incapable de changer les règles du jeu, utilise les à ton avantage.

 

Parlant de jeu, saviez vous que le Monopoly trouve son inspiration dans le jeu The Landlord's Game (ou « Jeu du propriétaire foncier »). Ce jeu inéquitable, basé sur la chance, a pour objectif d'illustrer les conséquences économiques d'un impôt unique et les privilèges économiques qui en découlent. Jeu qui a quelques airs de ressemblance avec notre modèle économique actuel... Mais je m'égare.


J’ai finalement accepté un poste avec moins de responsabilités dans un autre domaine, payé 20k de moins par année, beaucoup plus près de la maison, accessible à pied, 35h par semaine, de jour, de semaine, trois semaines de vacances par année en commençant, et des assurances collectives pas mal moins chères et qui couvre mieux. Wow! C'est comme si j'avais acheté Place du Parc au Monopoly. Ce n'est pas la Promenade, mais presque!

J’y ai vu l’opportunité de souffler enfin. De diminuer mes heures tout en continuant de travailler. Bref, la possibilité de rebondir.


J'ai fait mes impôts moi-même pour la première fois, question d'apprendre les règles du jeu de société dans lesquelles nous vivons, d'une certaine manière. (Je vous en parle dans un futur article)

(Un merci tout spécial à un ami très patient et support moral qui m'a proposé de les faire ensemble)

 

Bref, j'avais besoin d’être libre. Prendre l'air après tout ça. Voir des amis, me recentrer sur l'essentiel, et mieux vivre.

 

Mais c’est quoi ça, être libre? C'est quoi, mieux vivre? Je n’en avais aucune idée.

 

Mais je savais ce que je ne voulais plus, être étouffé par les dépenses, lier à une cadence de travail effrénée.

 

Vous me voyez venir? Ça passait par moins de dépense, plus de temps, argent et liberté 😉


3 commentaires


Christian
18 mai 2025

Bonjour Émy,


Ton témoignage m'a fait penser à un libre qui est un des piliers du mouvement de la simplicité volontaire qu'on appelle aujourd'hui frugalisme. La base du mouvement FIRE quoi! On y traite en détail du coût de notre travail. Si jamais tu le l'as pas lu : Your Money or Your Life. Bonne continuation!

J'aime
Je m'appelle Émy
01 juil. 2025
En réponse à

Merci beaucoup pour la suggestion! En effet, c'était un livre très intéressant!

J'aime
bottom of page