17. Comprend-tu ta paie?
- Je m'appelle Émy
- 8 déc. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 6 avr.

On l’entend une fois de temps en temps, un peu comme un ver d’oreille : « La moitié de ma paie part en impôts! » Prononcé avec conviction et aplomb au point où c’est difficile de ne pas y croire.
Mais… est-ce que quelqu’un paie réellement 50 % de sa paye en impôts?
La réponse courte : Oui, mais seulement si la personne gagne un montant énorme dans son année. Surprenant non?
La base :
Un Québécois moyen, avec un salaire moyen, a plutôt un taux d’imposition effectif d’environ 31,53 %. Ouin… On est plutôt loin du fameux 50 %. Pour atteindre un taux réel d’imposition d’environ 50 %, il faudrait gagner un salaire, au minimum, de 650 000 à 700 000$ par année!!!
Pour ceux qui seraient tentés de croire que c’est à 181 440,00$ qu'une personne serait imposée à 50%…
Je dis, un instant, on va réfléchir.
Il est important de comprendre la différence entre taux marginal (impôts sur le dernier dollar gagné) et taux moyen effectif (ce qui est payé, en moyenne sur l’ensemble de ton revenu).
Exemple concret qui s'appuie sur cette table d'impôt :
Une personne gagne 181 441$. Elle ne paiera pas 50% sur 181 441$. Seule la portion qui dépasse le seuil (181 440 $) est imposée à ~50 %, soit 1$ ici. Le reste du revenu est imposé selon les tranches inférieures (14 %, 19 %, 24 %, etc.). De manière progressive. Même, les premiers 15531.54$ ne seront pas imposé du tout grâce au montant personnel de base.
Suivant cette logique, le total d’impôt payé sur la totalité du salaire sera en fait de 35%!
Pour un salaire de 60 000 $, le taux moyen, donc, l'impôt à payer sur l'ensemble, est de 19.81%.
Intéressant non? On est loin du 50% annoncé.
Ce que les gens appellent “impôt”… C’est souvent la totalité de ce qui est écrit dans la colonne Déduction du talon de paie.
Le talon de paie, c’est le papier/pdf qui détaille la paie. Si on regarde la colonne Déductions / Retenues / Impôts, il y a plusieurs lignes, et beaucoup de ce qu’on pense être « l’impôt »… N’en est pas vraiment.
Voici ce qu’on y trouve souvent :
RRQ
Régime des rentes du Québec, c'est l’argent prélevé par le régime lui-même pour ta retraite future. Le régime est indépendant du gouvernement d’un point de vue cotisation. Les seules personnes qui peuvent y cotiser sont les travailleurs et leurs employeurs du Québec. Ce n’est pas de l’impôt, mais une cotisation pour le « toi » plus vieux et c’est aussi notre bas de laine collectif. Un jour, ça te reviendra.
RQAP
Celui-là, c’est le Régime Québécois d'Assurance Parentale. Ça sert à payer l’indemnité de salaire des parents qui prennent un congé parental. Ça sert aussi à ceux qui adoptent. Bon, je comprends que, si tu ne veux pas d’enfants ou n’en a pas eu, tu n’en bénéficieras pas directement… Mais penses-y, pour le nouveau papa qui a un mini bout de chou qui ne fait pas ses nuits… C’est une bénédiction. Pense à un parent, proche de toi, qui le recevra. Vois ça un peu comme un cadeau de « shower de bébé » qu’on donne collectivement.
Bref, encore une fois : ce n’est pas de l’impôt.
Ce régime autonome au niveau de son financement qui provient encore une fois, directement des travailleurs et de leurs employeurs.
Assurance-emploi (AE)
Le fameux « chômage ». L’argent ne tombe pas du ciel : on cotise collectivement pour ceux qui en ont besoin. Chômage régulier, maladie, maternité, invalidité… Bref, plein de situations qui pourraient t’arriver, et où tu serais bien content de recevoir un petit coup de pouce pour absorber le coup dur. Le régime est entièrement financé par les contributions des salariés et des employeurs. Ce n’est donc pas de l’impôt non plus.
Autres déductions
Ensuite, il y a des déductions pour les assurances médicaments et dentaires collectives, pour le paiement d’un syndicat, le fonds de pension avec l’employeur, les cotisations prélevées à la source, comme le fonds d’investissement CSN ou FTQ.
Il peut y avoir d’autres déductions, mais celles-ci sont les principales. Ce n’est toujours pas de l’impôt… Ce sont des services pour les quelques vous payez. Ce qui est réellement de l’impôt, au final, ce sont seulement deux lignes : L'impôt provincial et l'impôt fédéral.
Tout le reste ? Ce sont des protections, des assurances ou de l’épargne.
Donc, avant de dire « 50 % de ma paie »... Il faut regarder ce qui s’y trouve vraiment. Et surtout, se rappeler des services concrets que ces déductions nous offrent.
Personnellement, je suis très heureuse de savoir que ; j’aurai un petit revenu de base à la retraite grâce au RRQ; j’ai accès au chômage si ma carrière rencontre des difficultés; mes médicaments ne me coûtent pas une fortune grâce à mon assurance médicaments ; et que je contribue à un filet social qui nous aide collectivement et protège notre mode de vie.
Tout ça forme la base de notre richesse collective. On ne sait jamais quand on aura besoin de ces protections-là, mais quand ça arrive, on est content en maudit. J’espère que ça vous a éclairé et fait réfléchir!



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