top of page

9. Pression à la consommation

  • Je m'appelle Émy
  • 11 déc. 2024
  • 4 min de lecture

Je vais vous faire une confidence...


J'ai un salaire d'environ 58k par année, mais la majorité de mes amis estiment que je fais autour de 38k ou moins.

Mon salaire est pourtant avantageux par rapport au salaire moyen du Québec (56 638$/année).


Parfois, ça donne lieu à de drôles de situations. Pensant bien faire, on me propose des postes à 25$/h en se disant que ça améliorait ma situation et que je serais, ainsi, plus heureuse.


Honnêtement, j'apprécie énormément cet élan de solidarité. Ça me touche beaucoup et je me sens choyée. Mais je me questionne chaque fois... Est-ce que mon bonheur est relié au montant inscrit sur mon chèque de paye? Est-ce que ce bonheur apparent est relié à mes dépenses que me procure mon salaire, ou le simple fait de le gagner est suffisant? Est-ce que donner l'image de quelqu'un qui dépense plus serait favorable à mon statut social? Et autres questions. Pourquoi cette perception si erronée? 20k de moins, ce n'est pas rien!

J'ai l'impression que la réponse pourrait, en partie, être liée au fait qu'ici, on confond régulièrement dépense et revenu ; train de vie et patrimoine ; apparence et richesse.


Dans l'application, j'économise environ 17k par année.

Autrement dit, la partie économie et croissance de ma valeur nette explique leurs différence de perception. Je ne consomme pas en lien avec mon statut social et à la hauteur de ce que je gagne. Contrairement à plusieurs personnes de mon entourage et de mes collègues, je n'applique pas le : ''J'ai un peu plus dans mon compte, alors je dépense un peu plus''.

Pour moi, ça ressemble à un piège... Et de plus en plus au fil du temps...


Ainsi, pour la majorité, chaque promotion entraînera une augmentation des dépenses à la hauteur de cette augmentation.


Par exemple, une amie a récemment eu une augmentation de salaire. Son premier réflexe pour "fêter ça" fut de s'acheter six nouveaux costumes de bain et un voyage dans le sud, le tout, sur sa carte de crédit. "J'aurai les moyens de rembourser" qu'elle m'a dit. C'est tout à fait compréhensible de vouloir se féliciter et en profiter. Mais j'ai tendance à me dire qu'il serait bien d'avoir aussi les moyens de payer ce voyage au comptant. Du type, je travaille 6 mois dans ce nouveau job, je met de la différence de côté, et si tout ce passe bien, que j'aime l'équipe et qu'on est satisfait de part et d'autre, j'évalue mon besoin de costumes de bain, j'économise une partie et je pars dans une destination qui me fait réellement envie que j'aurai pris le temps de réellement choisir...


J'ai envie de vous parler aussi d'une autre amie. Je l'ai invitée pour un souper à la maison. Comme elle est aux études, ses revenus sont moindres. Elle m'en avait fait part dans une discussion. "Je suis extrêmement pauvre en ce moment".

Par solidarité, j'ai proposé de payer la nourriture pour la soirée, et qu'elle et une autre de mes amies payent une bouteille de vin, de leurs choix, à deux.


Pourtant, en arrivant, cette dernière me dit qu'elle avait loué une nouvelle voiture, avait adopté un nouveau chat de race, et acheté de jolis gants en cuir neuf pendant l'après-midi.

Je ne suis pas fâchée contre elle, je la comprends. On consomme pour tellement de raisons autre qu'un besoin essentiel.... Parfois, les achats nous donnent l'impression d'avoir le contrôle sur une situation désagréable... Une manière de gérer notre environnement, de se valoriser, de se réconforter, de se déresponsabiliser, de cacher une difficulté que nous vivons en détournant l'attention, de flatter notre égo, pour faire partie d'un groupe, etc.


Concrètement : tu as eu une mauvaise journée? Va t'acheter de la crème glacée. T'as le moral dans les talons? Ce pantalon te fera comme un gant. Coincé entre chéri(e) qui ne veut pas cuisiner, l'épluchette de blé d'Inde potluck chez matante Gertrude, les demandes incessantes du boss pour le soir même, et l'obligation d'aller faire l'épicerie pour les lunchs... Achète un VUS qui te donnera un sentiment de liberté! En prime, tu pourras aller faire du hors-piste entre la garderie et l'épicerie... Ou selon certains publicitaires : tu pourras t'évader dans la nature et relaxer...


En vivant dans ce type d'environnement, où nous sommes continuellement bombardés de suggestions d'achat et de pression sociale à la consommation (qui emmènerait son ''tous-ce-qui'' ordinaire de fond de frigo chez matante Gertrude?), il est facile de déraper ou encore de chercher la valorisation dans l'achat d'items de luxe ou calquée sur les publicités qui s'adressent à notre classe socio-économique. Qui de nous ne voudrait ne pas faire partie du groupe?


En ce qui me concerne, je trouvais difficile, au début, de ne pas faire partie du groupe... Ne pas dire la fameuse phrase '' regarde ce que j'ai acheté!'', pour attirer l'attention. Maintenant, avec l'entraînement, j'essaie de relativiser et j'apprécie, de plus en plus, dormir sur mes deux oreilles en me disant que chaque économie et que chaque moment où j'ai l'air ''pauvre'' aux yeux des autres me rapproche du plus gros achat de ma vie... Ma liberté.











 
 
 

1 commentaire


Les Productions Iris
13 déc. 2024

Excellent texte, Émy! Je suis bien d’accord avec tes propos que je partage :-)

Ce n’est pas facile, mais on vient à se faire une carapace. Il y a une douce nuance, mais ô combien salvatrice, entre savoir qu’on devrait se foutre de l’opinion des autres, et réellement être rendu là (de façon positive).

Tu sembles là, ou au moins en voie d’y être. Lâche pas! :-D

J'aime
bottom of page